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La forêt était en feu

     
 

La forêt était en feu... depuis longtemps.

Une illusion bien emballée... C'est la forêt de la démocratie. En son milieu, trône une gigantesque statue, la statue de la démocratie.

La démocratie n'existe pas, mais la statue projette l'illusion de son existence. Autour du symbole, tout un tas d'adeptes s'agitent en divers rituels très très importants, des devoirs.

Ils croient vraiment en la démocratie ! Leur foi est belle, juste et puissante, très puissante. Les pratiques du dogme donnent une réalité au concept... à défaut de mettre le concept en pratiques.

Ceux qui ont fait la statue connaissent la force des symboles, du virtuel, des illusions. Par leur intermédiaire, ils gouroutent chaque adepte tout en lui faisant croire qu'il agit librement.

 
     

     
 

La forêt était en feu... depuis longtemps.

Mais aujourd'hui, un troll arrive avec un briquet pour mettre le feu à la statue.

Les adeptes sont choqués, moins dans leur humanité que dans leur croyance, mais ils sont sincèrement et violemment choqués. « Pourquoi ? Comment est-ce possible ? » Ils disent qu'ils ne comprennent pas et pourtant ils expliquent comment et pourquoi... La statue a pris feu !

La vision est terrible, hypnotisante ! Il faut absolument éteindre le feu de la statue. Il le faut !

Les bâtisseurs de la statue sont cachés dans la forêt. Cachés, ils continuent d'enflammer la forêt et pour que leurs méfaits soient davantage oubliés, ils ont envoyé le troll en mission de diversion. Le troll aussi croit qu'il est libre...

Munis de porte-voix, les bâtisseurs ne cessent toujours et partout d'appeler à sauver la statue. Eux ne participent pas, ils savent que la statue n'est qu'un morceau de plâtre...

 
     

     
 

La forêt était en feu... depuis longtemps.

Certains non-croyants s'occupent de l'éteindre, parfois ils visent les bases du feu, d'autres fois les incendiaires. Aucun n'a la même méthode, mais tous veulent sauver les arbres, forts d'une solidarité anormale.

Eux sont dans la forêt, ils voient quotidiennement les causes de l'incendie, ils voient quotidiennement les ravages de l'incendie.

Au centre de la forêt, les adeptes croient... aux mirages, et ils croient à l'inconscience des non-croyants : « même pas foutus de constater en toute objectivité universellement absolue que la statue brûle et que si la statue meurt, il n'y aura plus rien ! ».

Leur inconscient pense qu'ils seraient alors vides, ils n'auraient plus leur croyance, ils seraient obligés de vivre... dans la forêt.

Comment peut-on vivre dans la forêt ? Comment peut-on s'occuper de la forêt ? Comment peut-on changer la forêt ? « C'est impossible ! », « Ça n'est pas Normal ! », on le leur a tatoué dans le crâne dans les écoles autour de la statue, alors ça doit être vrai.

« Les non-croyants sont fous, fous et dangereux, et puis ils critiquent la statue, c'est bien une preuve... »

 
     

     
 

La forêt était en feu... depuis longtemps.

Certains non-croyants se blessaient dans leur lutte, certains mourraient même.

Et les adeptes, moqueurs, en tiraient davantage de certitudes que c'est dangereux, que le dogme a raison. Et puis il faut reconnaître, une cicatrice sur la peau de ses fesses, ça n'est pas beau. Et l'Image, c'est important.

Il faut sauver la statue, plus que tout. Plus que tout ! Plus que tout ! Tout pour rien... et le "rien" a fait le plein, le plein de leur vide intérieur.

Dommage... au fond d'eux, ils ont les moyens d'être tristes pour les arbres et ceux qui les sauvent, ils ont les moyens de liens humains plutôt que de liens avec une statue.

Mais la statue est stable, solide, rassurante, facile à comprendre et l'Humain est faillible, mortel, fragile, complexe. Se regarder dans le miroir de la statue est tellement plus réconfortant que se regarder dans le miroir de l'humanité où les adeptes y voient, puisqu'ils sont la peur, seulement leur propre fragilité. Fuyons, fuyons...

De leur côté, les non-croyants y voient, puisqu'ils savent écouter leurs peurs, les forces de l'Humanité.

 
     

     
 

La forêt était en feu... depuis longtemps.

Un jour, l'incendie aura fini de tout détruire. Un jour, le feu aura tout détruit... presque...

Il y aura peut-être des adeptes, au milieu, priant la statue, lui confiant leur vie, lui transmettant leurs responsabilités.

La statue, impassible, inhabitée, ne les verra même pas partager, avec elle, leur retour à l'inexistence.

Beaucoup de non-croyants seront morts aussi, ils n'auront jamais été en nombre suffisant pour empêcher la forêt de brûler.

Mais les survivants auront appris à entretenir la forêt et commenceront à en planter une autre, peut-être avec un anti-parasite contre les bâtisseurs de statues... Peut-être.

 
     

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